La liberté, comme jamais ils ne la comprendront.

Après le 14 juillet, après le choc, la colère et le deuil, l’épuisement s’est vite manifesté. Trois attaques terroristes en dix-huit mois -en France seulement- nous ont habitués à nous inquiéter pour nos proches de façon bien trop régulière. Les slogans chargés de résolution se sont estompés après avoir surgi instinctivement. Il est vrai que les terroristes ont voulu nous mettre à genoux et ont retrouvé la France debout: c’était l’esprit du 11 janvier. Ce dernier est vite devenu un totem que les politiques se sont arrachés et ont ainsi dilapidé.

Aujourd’hui, une nouvelle attaque a touché une église en Normandie. Un prêtre octogénaire a été assassiné. Les détails nous ont été donnés, mais ils n’importent que pour nous rappeler la cruauté de ceux qui cherchent notre perte, une cruauté déjà mise en scène dans les vidéos d’exécution d’otages tournées dans le désert syrien.

Les réactions sont les mêmes sur les réseaux sociaux -elles sont simplement un peu plus exaspérées, un peu plus épuisées. Choc, effroi, horreur, résolution contre la barbarie… On entendra sans doute que de nouveaux bombardements auront lieu au Moyen Orient dans les jours à venir; on entendra sans doute moins le nombre de victimes innocentes qu’elles provoqueront. Les terroristes cherchent à mourir en martyr et nous ne feront que leur apporter la fin de leur histoire personnelle. Les bombes tueront des terroristes mais elles n’éradiqueront pas le terrorisme. Combien de ces individus dont nous avons vu le visage à la télévision au cours de ces derniers mois avaient la nationalité française? S’imaginer que le terrorisme vient de l’étranger est un voeu pieux, et une illusion qu’il est dangereux d’entretenir.

La ligne de front n’est pas aux frontières de l’Europe. Ce n’est pas notre civilisation qui est attaquée, et ce ne sont pas nos racines. La France a des racines chrétiennes dont il faut être fier mais qui ne conditionnent pas, et ne peuvent pas conditionner notre avenir, car notre avenir ne dépend de facto pas exclusivement de ce qui se passe à l’intérieur de nos frontières. Ce qui est attaqué va bien au-delà de tout ceci. Ces termes ne cherchent qu’à nous rassurer, et à rabaisser l’ennemi à un Autre étranger, comme si nous n’avions pas de fautes. Nous en avons, nous savons que nos politiques ne le feront pas, mais il faut les regarder en face.

Le 20ème siècle a été dominé par des idéologies, et nous sommes désormais dans un monde façonné par des idées et des idéaux. S’imaginer, au troisième millénaire, que notre civilisation est attaquée comme si nos frontières et notre histoire étaient des remparts nient le fait que nous sommes dans une bataille d’idées. Celle qui est attaquée et qui est au principe de la nation américaine comme elle l’est pour la République Française est notre force et notre faiblesse. C’est celle qui nous rend ouverts à la diversité de nationalités, et nous encourage à créer une mosaïque de cultures. C’est celle qui nous pousse, alors que la division est ce qui anime la vie publique, à rappeler que, quelles que soient nos opinions, nous ne pouvons transiger sur nos principes fondamentaux. Nous pouvons être croyant ou incroyant, être pour le mariage gay ou contre, jouer à Pokémon Go ou pas… Nous ne sommes pas d’accord entre nous et débattons avec force. Dans notre diversité, nous pouvons condamner avec autant de force l’assassinat d’un prêtre catholique. Ce sont différentes facettes d’une même idée: la liberté, comme jamais ils ne la comprendront.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s